
Dans mon dernier voyage à Vancouver (automne 2008), j’y allais pour des vacances mais aussi pour en revenir avec les détails finaux d’un nouvel itinéraire en kayak de mer sur l’île. J’y ai adoré mon expérience, un paradis pour les pagayeurs et tout a débuté pour moi dans une petite boutique située à Comox (Comox valley kayaks). J’y ai loué mon kayak et je suis parti direction Tofino ou les mots Magic Moments ont pris tous leurs sens – encore une fois
Voici une petite note d’histoire qui saura certainement piquer la curiosité des lecteurs.
Vancouver, de ville en île !
Avec sa nature indomptée, ses pics enneigés, sa culture amérindienne et son charme british, lâîle de Vancouver ââ497 km de longââ est une mosaïque.
Certaines villes ont un nom qui évoque à lui seul le voyage. Comme Valparaiso ou Rio, Vancouver est de celles-là. Si tout le monde a entendu parler dâelle, on connaît moins lâîle du même nom qui lui fait face et la coupe des rigueurs de la pleine mer. Car il ne faut pas confondreâ: lâîle de Vancouver ce nâest pas Ouessant ou Molène. Câest 451 kilomètres de long sur 97 de large, en terme dâéchelle plutôt la Grande-Bretagne que les îles de notre petite Bretagne. Câest même à sa pointe sud quâest allée sâinstaller la capitale de la province canadienne de Colombie-Britannique, Victoria, un port au charme anglais de près de 80â000 habitants.
Dès que lâon quitte Vancouver, par hydravion, du plein centre-ville, on comprend quâon vient dâentrer dans une nouvelle dimension, celle de lâimmensité. A peine passée la première et sans doute lâunique petite déception ââcelle du soleil levant qui rougeoie et qui nâest malheureusement quâun phénomène dû aux particules de pollution flottant au-dessus de la plus grande ville de lâouest canadienââ, arrive lâheure du ravissement. Un chapelet dâîles sâégrène dans le Pacifiqueâ; les unes montagneuses, les autres plates, presque submergées. Des premières jaillissent des cascades qui se jettent dans la mer. Sur les secondes, çà et là, se dressent des phares, blancs surmontés dâune tourelle rouge.
La tribu Kâomoks
De tous côtés, où que se tournent nos yeux, des barrières de montagnes impressionnantes. A droite, sur le continent, la chaîne côtière avec le mont Whistler, où se tiendront en février 2010 les compétitions de ski des Jeux olympiques dâhiverâ; à gauche, sur lâîle de Vancouver, le mont Washington, où sâentraînera prochainement lâéquipe olympique française de ski nordique. En bas sur la côte, le climat est déjà printanier en cette fin de février. En haut, sur les cimes, les plaisirs de la neige et le froid de lâhiver sâimposent encore.
A peine une demi-heure plus tard, lâhydravion se pose face à la ville de Comox quâil a survolée, dévoilant un gros bourg à lâaméricaine avec ses maisons individuelles et ses larges rues, ainsi que ses grandes surfaces aux parkings surdimensionnés. Comox est situé sur la côte est, à mi-chemin entre le nord et le sud, là où la mer est dâhuile. A lâopposé, sur la côte ouest, face au Pacifique, se trouvent des plages éventées qui sont devenues le paradis des surfeurs. Comox a emprunté son nom à celui dâune tribu amérindienne, Kâomoks, qui signifie «terre dâabondance». Ce peuple a été pratiquement exterminé au XIXe siècle par la variole. A lâinstar dâAndy Emerson, le fils du chef, qui a lâinsigne honneur de se servir du tambour légué par ses ancêtres, les survivants de la tribu essaient de faire revivre les anciennes traditions. Malheureusement, leurs tentatives se réduisent souvent à un folklore ethnico-commercial, à lâimage de la galerie marchande quâils animent. Ce nâest que récemment que la petite communauté sâest tournée vers lâaquaculture, le bois et le tourisme.
Les Premières Nations (ou Peuples premiers) ne sont pas les seules minorités de lâîle. Un groupe de francophones défend ses propres couleurs. «Savez-vous quâau XIXe siècle, la communauté francophone venue en traversant les Rocheuses était la première communauté de Colombie-Britannique» lance Lucille Riedle, présidente de lâassociation des francophones de la vallée de Comox. Un édile municipal rappelle que les premières populations étaient des sociétés de trappeurs lâune anglophone, lâautre francophone. La ruée vers lâor puis la création du chemin de fer ont définitivement donné une large majorité à la population anglophone de cette province qui nâa rejoint le Canada quâen 1871, à la condition expresse que le pouvoir fédéral construise une voie ferrée traversant le pays de lâAtlantique au Pacifique.
Lâhuître Kusshi
On quitte la ville. La route suit la côte et ses clairières verdoyantes. La mer attire pêcheurs au saumon du dimanche et plaisanciers. Les touristes viennent observer les baleines au printemps et en été. Mais la mer est aussi source de vieâ: économique, celle-là. Dans les baies tranquilles de la côte est, se nichent des parcs à huîtres qui se disent dignes de rivaliser avec ceux du bassin dâArcachon. Les ostréiculteurs de Stellar Bay Shellfish font visiter leur entreprise. En bateau en aluminium à fond plat, on atteint la nurserie puis les parcs en eau profonde où il faut des mois pour amener le coquillage à maturité. Lâeau froide, assurent-ils, réussit à merveille à cette variété venue du Japon baptisée Kusshi, une huître à la forme profondément creusée. Le seul ennemi de ses parcs sâappelle lâotarie géante qui vient en bancs grignoter les cages de bois où grandissent les huîtres. Les nouveaux exploitants mettent leur point dâhonneur à donner à lâhuître ses lettres de noblesse. Avant de découvrir les cuisines du monde, les Canadiens ne voyaient en lâhuître, toujours de belle dimension, quâun mollusque juste bon à cuire ou à avaler avec une bière. Ils découvrent aujourdâhui sa finesseâ: la Kusshi, que lâon déguste sur le bateau, est de taille moyenne, très pleine et dâun goût intense. Elle nâest quâune parmi les dizaines de sortes quâon élève dans la région de Vancouver. En ville, à Vancouver, un restaurant, le Blue Water Café, présente sur sa carte pas moins de dix-huit variétés dâhuîtres, dont douze de la région. Chacune dâelles est accompagnée dâune courte description comme on le fait des vins ou des parfums. La Kusshi par exemple est dite «creusée et douce», la Pacific Orchard (Verger du Pacifique) «tendre et sucrée», tandis que la Fanny Bay se distingue «par un goût légèrement métallisé».
La marmotte Mukmuk
Lâintermède gastronomique achevé, il ne faudra pas plus dâune demi-heure de route pour être complètement dépaysé. Après la mer dâhuile et la campagne policée où se nichent terrains de golf et petites auberges, voici venir la neige. On la voit rarement sur la côte, sauf cette année où elle a surpris les locaux par son abondance. Dès quâon monte, elle se fait reine. A 1â590 mètres dâaltitude surgit le mont Washington et ses pistes de ski qui, lâété, servent aux mordus du VTT. Les défenseurs de la station (juchée à 1â083 mètres dâaltitude), enneigée jusquâen avril, ont fait tous leurs efforts pour quâelle entre dans le programme de préparation pour les Jeux olympiques et paralympiques de 2010. Ils se sont aussi battus pour avoir leur propre mascotte, une marmotte nommée Mukmuk, animal local en voie de disparition car décimé par les prédateurs (loups, couguars et aigles).
Alors quâil ne resterait quâune trentaine de ces rongeurs nés dans la nature, un petit nombre dâenthousiastes a décidé de les protéger en les élevant et en les réintroduisant dans leur habitat naturel.En février, le mont Washington se pare aux couleurs de la Belle Province. Câest en effet ici que les francophones du cru recréent lâatmosphère du Québec en y montant une cabane à sucre à lâoccasion du festival de lâErable. Lâusage est de verser du sirop sur un plateau de neige et de lâenrouler, durci, autour dâun bâton jusquâà former une boule que lâon déguste en sucette.
Pratique
Y aller
Air Canada passe par Montréal ou Toronto. Pour rejoindre lâîle de Vancouver par hydravionâ: West Coast Air, où un aller simple pour Comox coûte 149 dollars canadiens, pour Victoriaâ: 134 dollars canadiens.
Par ferryâ: BC Ferries propose plusieurs itinérairesâ:
-Vancouver-Victoria (13 dollars et 45 pour véhicule).
-âVancouver-Namaimo (même conditions).
-âLa liaison Comox-Powell (une petite ville au nord de Vancouver) coûte 12 dollars et 37,50 pour le véhicule (aller simple).
Y dormir
Vancouver offre de nombreux hôtels. Le prix dâune nuit avec petit déjeuner oscille de 75 à 150 dollars la nuit. Nombreux gîtes et chambres dâhôtes sur lâîle de Vancouver.
Où manger
A Vancouverâ:
-âfruits de mer au Blue Water Café (Hamilton street),
-âcuisine asiatique chez Hapa izakaya (Robson street),
-âjaponaisâ: Shanghai River (Westminster Hwy, Richmond),
-âcuisine françaiseâ: Lumière (West Broadway).
Visiter
Ne pas manquer le musée maritime, la galerie Bill Reid des Arts premiers, le parc Stanley, lâaquarium, le jardin chinois Sun Yat-Sen.
Crédit photo : www.flickr.com/photos/zbraniecki/2881097329/
Texte : http://voyages.liberation.fr