Il est de plus en plus difficile de sâhabiller. On retrouve sur le marché des dizaines de marques, des dizaines de produits pour chaque marques ce qui donne des centaines de possibilités⦠On est bien loin des sous vêtements de coton gaufrés! De plus des dizaines de spécialistes formées par des dizaines de compagnies donnent des tonnes de conseils. Comment faire pour s’y retrouver et faire sa propre idée?
Pour sâhabiller convenablement il faut connaître des principes de base, bien cerner ses besoins et se connaître.
Le froid nâexiste pas
Le froid en tant que tel nâexiste pas, on devrait plutôt parler dâabsence de chaleur ainsi au lieu de dire « il fait plus froid » on devrait dire «il fait moins chaud ! » . Pour les amateurs de plein air hivernal lâobjectif nâest donc pas de se protéger du froid mais bien de conserver sa chaleur
De lâair en grande quantité
Le meilleur isolant est sans contre dit lâA.I.S., ce nâest rien de bien sorcier mais lorsquâon sait que câest lâAir Immobile et Sec qui est le meilleur isolant on commence à mieux comprendre comment conserver sa chaleur. Lâair doit être présent en grande quantité pour assurer une bonne isolation et cet « air » ne doit pas bouger sinon il y a convection et donc perte de chaleur. Lâépaisseur est un facteur déterminant. Il nâexiste aucun manteau mince qui offre des propriétés remplaçant les propriétés de lâépaisseur. En fait une compagnie a bien mis sur le marché un manteau mince à batteries, mais câest un système de chauffage⦠qui nâa rien à voir avec lâisolation.
Lâair doit être parfaitement immobile
Si on utilisait un matelas pneumatique pour sâisoler du sol, le système ne serait pas efficace parce que les molécules dâair pourraient se déplacer librement dans le matelas. Les molécules qui se déplacent servent de moyen de transport à la chaleur dâune paroi du matelas à lâautre paroi. Il y aurait donc une convection et une conduction. Pour éviter cette situation, il faut penser à immobiliser lâair qui se déplace entre les deux parois. Il existe donc plusieurs options qui vont permettre à lâair de rester immobile. Que ce soit des isolants synthétiques ou naturels, tous peuvent faire le travail avec des avantages et inconvénients, le principal est dâempêcher lâair de bouger. Par exemple, la fourrure peut servir dâisolant, lâair prisonnier des poils de la bête fait un bon travail mais pour pratiquer un sport, le poids dâun tel manteau est un inconvénient. Il faut commencer par garantir une isolation directement sur la peau. Il y a quelques milliers dâannées même les hommes étaient couverts dâune fourrure. Comme nous nâavons plus cette fourrure, il nous faut porter un premier vêtement, une première couche près du corps. Avoir un gros manteau directement sur la peau mais ne pas avoir de sous vêtement permet à lâair chaud qui se trouve à la surface du corps de se déplacer et de sâéloigner du corps. Lâair nâest donc pas immobile. La où les premières couches doivent permettre à lâair dâêtre immobile très près de la peau. Si le vêtement nâest pas moulant, il y aura forcément des poches dâair mobiles et il y aura convection et perte de chaleur. Cette première couche sera donc extensible afin dâêtre réellement une seconde peau.
Lâair doit être sec
Lâeau est présente en raison de la pluie, de la condensation, de la transpiration, c’ est un des ennemis jurés. Lâeau est un conducteur et permet à la chaleur dâêtre évacuée rapidement. La transpiration est le mécanisme dâautorégulation du corps qui permet à celui-ci de refroidir de façon naturelle. En hiver, câest contradictoire, il faut donc gérer habilement cette problématique. Pour illustrer la conductivité de lâeau, deux petites expériences simples peuvent être faites. Mettre la main au four alors quâil est à 100 C peut être fait sans problème pendant quelques minutes (les Finlandais peuvent rester à 120 C pendant 15 minutes). Même expérience, même température mais avec de lâeau, impossible de laisser la main dans lâeau plus de 1 seconde. Bien quâon soit exactement à la même température, on constate que lâeau a un effet très différent de lâair parce que lâeau est conductrice. On peut faire le même test avec une main dans lâair à 5 C et dans lâeau à 5 C. Il sera impossible de laisser la main dans lâeau plus de quelques minutes. Dans tous les cas il faut arriver à éliminer toutes les possibilités dâavoir de lâeau dans le système dâisolation. La transpiration est donc un élément très important à contrôler tout comme les infiltrations dâeau provenant de la neige ou de la pluie. Une personne qui ne transpire pas ou qui pratique une activité dâintensité modérée ou pendant une courte période de temps nâa pas à se soucier de cet élément. Un bon vieux col roulé de coton peut très bien faire le travail et certainement mieux quâun sous vêtement de polypropylène. Une personne qui transpire ou qui pratique une activité intense doit penser à trouver une façon de garder sa peau au sec en transférant son humidité dans les couches supérieures de son isolation.
Deux principes très différents sont sur le marché. Le premier est celui dâune première couche qui reste toujours sèche même lorsque la sudation est forte et le second est la couche qui pompe lâeau de la peau pour que la peau soit sèche dans ce second principe la couche est donc plus humide mais la peau plus sèche. Des exemples de couches « sèches » : Lifa, Helly Handson, Malden Mills® Polartec et nombre de tissus principalement fait de fibres de polyester. L’autre alternative est une couche qui « pompe lâeau » : le polyester traité au Capilène de Patagonia, les fibres naturelles comme la laine Mério chez Ibex. Une goutte dâeau déposée sur un tissu de polyester non traité reste en surface. Le capilène absorbe littéralement lâeau, un peu comme le coton. La fibre de polyester traitée au capilène conserve de lâair même mouillée et est capable de faire migrer la transpiration vers une couche supérieure, ce que le coton ne peut faire. D’après moi c’est ce genre de couche qui pompe l’eau offre un meilleur rendement que le simple isolant qui reste sec.
Un bon isolant mais aussi un bon ajustement
La mousse dâuréthane est un isolant parfait, beaucoup de capsules dâair, immobiles et le tout est sec. Mais un manteau dâuréthane serait rigide et laisserait des poches dâair entre la peau et le vêtement. La coupe du manteau et la façon dont il peut vous envelopper et mouler votre corps. Câest un facteur important à considérer lors de votre achat. Bien que le duvet soit sensible à lâhumidité, aucun isolant ne peut rivaliser avec la façon dont il peut enrober le corps et ainsi éviter que des poches dâair soient présentes entre vous et le vêtement. Les isolants synthétiques sont très populaires mais pour offrir un aussi bon que le duvet rendement la coupe du vêtement doit être parfaite. Comme on nâa pas les moyens dâavoir un couturier pouvant nous fabriquer le vêtement parfait, il faut faire de nombreux essais pour avoir un vêtement qui moule parfaitement notre corps. En bout de ligne la coupe a parfois une plus grande importance que le matériaux isolant.
Le vent et ses effets
Le facteur de refroidissement éolien nâest valable que sur la peau exposée au vent. Dès quâun obstacle protège la peau du vent, ce facteur est nul. Ainsi si vous êtes bien isolé du froid et habillé pour -5 C avec une coquille qui coupe le vent (même un sac de poubelle!) quâil vente à 10 ou 50 km/h ne change rien, il ne fera toujours que -5 C. Il existe des pommades qui suffisent à diminuer lâeffet du vent sur la peau. Si la peau nâest pas directement isolée, elle ne subit pas le refroidissement
Vos besoins
Est-ce que les sous vêtements de coton gaufrés sont adaptés? Sâil est bien ajusté au corps et que lâactivité est de faible intensité et que lâépaisseur de coton est importante et quâune protection extérieure est présente (coquille), le coton peu agir comme isolant. Est-ce que la veste de Polartec 200 en polyester est plus chaude quâun coton ouaté? Cela dépend uniquement de lâA.I.S. La coupe peut faire également toute la différence. Vos besoins doivent être précis pour trouver le type de vêtements qui vous convient. Dépendant lâactivité ou du sport que vous voulez pratiquer, de votre capacité à produire de la chaleur, de votre métabolisme, de lâintensité de lâactivité, de la période de lâannée de la durée de lâactivité vous serez en mesure de déterminer vos besoins. Vous cherchez un vêtement polyvalent, qui pourra tout faire⦠ça ne sera pas facile. Le principe de lâhabillage en pelures dâoignons consiste à avoir une série de couches qui permettent dâen mettre plus ou moins en fonction de lâintensité de lâactivité. On y retrouve 3 types de couches soit une couche de base moulante qui respire bien et qui évacue lâhumidité vers la seconde couche. Une seconde couche dâisolant et dernière couche qui offre une protection contre la pluie et le vent. Le principe dâhabillage multicouche ne convient pas aux activités à faible intensité par temps froid.
Bien se connaître
Malgré un habillement à la fine pointe de la technologie, certaines personnes ont toujours froid. Cela dépend de plusieurs facteurs qui ne peuvent tous être contrôlés. Le métabolisme, la qualité de votre système sanguin, votre état de santé, l’hydratation, sont tous des éléments qui ont un rôle à jouer dans votre capacité à combattre le froid. Il faut aussi savoir que le corps est intelligent et que lorsquâil comprend que le froid gagne du terrain, il aura tendance à effectuer une vaso constriction. Ce mécanisme a pour objectif de diminuer la circulation sanguine en périphérie pour protéger les organes vitaux et la tête. La circulation est amoindrie et le sang ne va plus réchauffer les mains et les pieds tout ça pour éviter lâhypothermie. Manger un repas riche qui demandera de gros effort au niveau de la digestion peut également diminuer la circulation périphérique, il est important de bien connaître son corps et de lâhabiller en fonction de ses faiblesses.